Une participation, une victoire. L’exploit d’Hugo Deck sur la Diagonale des Fous


« J'avais peur jusqu'au bout, les sentiers sont tellement pourris que je craignais de tomber […] je ne l'ai réalisé que dans les 800 derniers mètres »

Jeudi 15 octobre, Ravine Blanche, 22 h : Hugo Deck s'élance pour sa toute première Diagonale des Fous. Moins de 23 heures plus tard, il franchit la ligne de La Redoute en vainqueur en 22 h 54 min 19 s, après avoir fait basculer la course dans Mafate en revenant sur Vincent Esmiol. Entre une nuit passée dans le sillage de Jean-Philippe Tschumi et Tom Evans, une nutrition réglée au gramme et du rap français dans les oreilles, il raconte sa course.Et après ? … l'UTMB 2027 en ligne de mire ! 

Hugo Deck victoire Diagonale des fous

POURQUOI EST-CE QUE LA DIAGONALE DES FOUS EN PARTICULIER ETAIT UN DE TES REVES ?


Elle fait partie des 4 majeurs, j'ai toujours rêvé de la faire depuis que j'ai commencé le trail, il y a 10 ans. Le parcours me correspond aussi parfaitement, c'est un parcours qui me parle.


TU ES MOINS HABITUE A CETTE DISTANCE : COMMENT AS-TU CONSTRUIT TA PREPARATION ?


Ça fait déjà 10 ans que j'augmente le volume au fur et à mesure. Après, spécifiquement, j'ai fait des semaines à 220 km, 12 000 m de dénivelé. J'ai vachement travaillé cette durabilité de l'effort, qui est hyper importante sur ce format.

 

EST-CE QUE TU TROUVES QUE CETTE PREPA A ETE PLUS EXIGEANTE QU'UNE AUTRE ?


Pas forcément. Après, oui, elle était exigeante, elle a été très dure, mais en même temps je l'ai adorée, parce que c'est un style d'entraînement que j'adore, j'adore passer beaucoup d'heures dehors. Donc elle peut être exigeante pour certains, mais moi, ce sont des entraînements qui me plaisent, donc je l'ai trouvée exigeante mais très agréable.


TU ES VENU A LA REUNION 3 SEMAINES AVANT LA COURSE : PENSES-TU QUE ÇA A ETE DETERMINANT DANS TA VICTOIRE ?


Déterminant, peut-être que c'est un grand mot, mais en tout cas ça rajoute toujours un petit pourcentage de chance. Ça permet de bien assumer le voyage, de s'acclimater à la chaleur et à l'humidité sur place, aux chemins qui sont assez spécifiques. Mais aussi d'avoir le temps de profiter de l'île et des sentiers, au-delà de la course. Donc mentalement, oui, ça a apporté des petites choses.


AS-TU FAIT LA RECO DE TOUT LE PARCOURS, OU JUSTE QUELQUES SEGMENTS ? LESQUELS TE FAISAIENT LE PLUS PEUR ?


J'étais déjà venu il y a 4 ans à La Réunion, j'avais déjà fait la reco d'une belle partie de la course. Cette année j'ai refait la reco de certaines parties. Il y a juste le départ jusqu'à Mare à Boue que je ne connaissais pas, ça fait quand même les 50 premiers km. Et la partie que je redoutais, c'était Mare à Boue – Hell-Bourg : très dure, une nuit très humide, et un lever de soleil où il peut faire très froid.


ET TU AS DEDRAMATISE EN FAISANT LA RECO ?


J'ai plutôt dramatisé pendant la reco !


Hugo Deck Trail entrainement

EST-CE QUE TU AVAIS UN PLAN NUTRITION BIEN PRECIS A SUIVRE AU GRAMME PRES, OU EST-CE QUE TU LE FAISAIS AUSSI UN PETIT PEU AUX SENSATIONS DU MOMENT ?


J'ai un plan. Je pars sur des grammages un petit peu plus bas au départ, avec le stress j'ai un petit peu de soucis de digestion, donc j'étais plutôt sur 65 grammes de glucides par heure au début, et après j'ai pu augmenter vers les 80-85 grammes de glucides. Sur toute la course, je dois être à une moyenne de 75 grammes de glucides par heure.


QUELS SONT LES PRODUITS TA ENERGY QUI T'ONT ACCOMPAGNE SUR TA COURSE ?


Je prends les Jelly Gels, je ne tourne qu'avec ça en course. Je varie entre les 3 saveurs. Je ne consomme pas de barres, je n’aime pas mâcher en course, j'aime vraiment bien quand c'est juste du gel.


AS-TU ADAPTE TA STRATEGIE A LA CHALEUR, OU PAR RAPPORT A D'AUTRES COURSES COMME LA MAXI-RACE ?

 

Pas tellement. La chaleur, j'ai la chance de bien l'assumer, je n'ai pas de trop grandes pertes de sodium. Je suis resté sur les mêmes bases, peut-être un peu moins de glucides.


AS-TU EU DES SOUCIS DE NUTRITION DURANT LA DIAGONALE ?


Il y a un moment où j'avais trop bu d'un coup au ravitaillement, donc c'est ressorti, mais rien de très grave. Je n'ai eu aucun problème gastrique. J'ai aussi eu un coup de mou au lever du soleil, mais rien à voir avec la nutrition.


SUR LES RAVITOS, TU ES ACCOMPAGNE PAR TA FAMILLE : C'EST L'OCCASION D'ECHANGER AVEC EUX OU TU PREFERES RESTER DANS TA BULLE ?


Je ne parle pas trop, je préfère rester dans ma course et être le plus efficace et le plus rapide possible.



TU AS COURU UNE GRANDE PARTIE DE LA NUIT AVEC JEAN-PHILIPPE TSCHUMI ET TOM EVANS, DEUX GRANDS COUREURS. COMMENT SE PASSE CETTE COHABITATION ENTRE RIVAUX ?


Bah, on peut noter que Jean-Philippe Tschumi m'a donné un gel, donc c'était cool, il y a déjà cette gentillesse.
Après, j'ai aussi beaucoup appris auprès d'eux, la manière de courir de Tom Evans, de beaucoup rester derrière, de laisser les autres faire les efforts. On en apprend beaucoup.


ÉTAIS-TU AVEC EUX PARCE QUE LEUR ALLURE COLLAIT A TON PLAN, OU ES-TU POUSSE PAR LE GROUPE ?


C'est un petit peu des deux. En fait, j'ai un maximum physiologique à ne pas dépasser sur ma fréquence cardiaque, et je ne le dépassais pas trop en arrivant à être dans ce groupe-là. J'aime bien mixer entre ne pas dépasser ce maximum et, à la fois, être un petit peu dans une dynamique de course et ne pas être tout seul.


ON TE VOIT SOUVENT AVEC TES ECOUTEURS : QU'EST-CE QUE TU ECOUTES ?


J'écoute beaucoup de musique, beaucoup de rap français. Par exemple Georgio, Bekar, BEN plg, mais tout le monde le sait maintenant, j'en parle beaucoup.


À QUEL MOMENT DE LA COURSE AS-TU COMPRIS QUE C'ETAIT POSSIBLE DE LA GAGNER ?


J'ai commencé à comprendre dans Mafate, quand j'ai commencé à reprendre beaucoup de temps à Vincent Esmiol : je ne me sentais pas gagner, mais je me suis dit qu'il y avait une possibilité de faire quelque chose de grand. J'avais peur jusqu'au bout, les sentiers sont tellement pourris que je craignais de tomber. À La Possession, je me suis dit que je pouvais vraiment gagner si je restais concentré, mais je ne l'ai réalisé que dans les 800 derniers mètres.


EN DEHORS DE LA PREMIERE PLACE, TU AS AUSSI FAIT UN MAGNIFIQUE CHRONO, SOUS LES 22 H 54. LA BARRE DES 23 H ETAIT-ELLE UN OBJECTIF ?


Même pas, je n’y ai jamais vraiment pensé. J'avais un plan sur 24 h à la base, 23 h 30 c'était possible aussi, mais moins de 23 h, je n’avais pas imaginé ça. Au Chemin des Anglais, quand il faisait encore jour pour moi, j'avais les images de François D'Haene où il faisait déjà nuit pout lui, et je me suis dit : « Ah oui, c'est pas mal quand même. » Ça te fait te sentir fort.


QUEL EST TON SOUVENIR LE PLUS FORT DE LA COURSE ?


Il y avait ce lever de soleil qui était magnifique, vers le Piton des Neiges : on avait une mer de nuages, c'était juste grandiose. Et après, la ligne d'arrivée, c'était une communion avec le public réunionnais, et toute l'île qui vibrait derrière, c'était complètement dingue. Ça m'a donné un shoot d’adrénaline incroyable !


TU AS FAIT UNE ANNEE EXCEPTIONNELLE : EST-CE QUE TU AS CHANGE QUELQUE CHOSE POUR QUE CE SOIT LE CAS ? QU'EST-CE QUI A ETE DECLENCHEUR ?


Bah, j'ai commencé avec Tā Energy, haha ! Il y a aussi Rémi Rivet, mon entraîneur depuis cette année : on a une super collaboration, une confiance totale. J'arrive à laisser mon cerveau de côté et à croire en ses entraînements. Il crée une sérénité durant toute l'année, donc je l'en remercie.

 

MAINTENANT QUE TU ES RENTRE DE LA REUNION, EST-CE QUE TU METS DES CHOSES EN PLACE POUR RECUPERER ? EST-CE QUE TU AS DEJA REPRIS DOUCEMENT L'ENTRAINEMENT ?


Je ne mets rien en place, j'essaye vraiment de juste me détendre, de penser à rien, manger ce dont j'ai envie, passer du bon temps et faire d'autres choses que courir. J'essaye de complètement déconnecter.


MAINTENANT, QUELLE EST LA SUITE ?


Je prends le temps de récupérer, et puis ce sera un UTMB 2027 qui se dessine.