120 km dans le désert : le défi de Magalie Jegou et sa sœur Tā Energy

120 km dans le désert : le défi de Magalie Jegou et sa sœur


Quatre jours dans le désert, plus de 100 km à parcourir, un sac de 9 kg sur le dos et des températures extrêmes : voilà le défi que s'est lancé notre athlète Magalie Jegou pour le Marathon des Sables. Accompagnée de sa sœur, elle a vécu une aventure hors du commun, faite de dépassement de soi, de moments de doute mais aussi de partage et de complicité. Dans cette interview, elle nous raconte son expérience, de la préparation à la ligne d'arrivée, en passant par la nutrition, l'hydratation, et les enseignements qu'elle tire pour ses prochains défis.


D'où vous est venue cette idée, et pourquoi être parties entre sœurs ?

Dans notre famille, on a toujours fait énormément de sport. Ce qui est assez drôle, c'est que cette course, on la connaît bien avant qu'elle ne devienne aussi célèbre. On en avait déjà beaucoup parlé entre nous, en se disant que ça devait être une expérience complètement folle, mais qu'il fallait quand même être un peu dingue pour partir quatre jours dans le désert avec un sac à dos !

Alors, quand le Marathon des Sables m'a contactée pour me proposer un dossard, je n'ai pas hésité une seule seconde : j'ai dit oui tout de suite. Et ma sœur m'a naturellement suivie dans cette aventure incroyable.

J'ai choisi le format 120 km, car pour une première participation, je trouve que c'était une distance idéale et un beau défi !

 

Vous êtes-vous préparés ensemble ?

Pas vraiment, car nos rythmes et nos façons de nous entraîner sont très différentes. Ma sœur adore courir et s'entraîne énormément en course à pied. De mon côté, je ne suis pas une grande adepte de l'entraînement millimétré. J'aime varier les sports et les rythmes, changer régulièrement d'activité.

Nous ne nous sommes donc pas entraînées ensemble sur le plan physique. En revanche, pour toute la préparation matérielle, nous avons beaucoup travaillé à deux. On a pris le temps de nous poser ensemble pour décider de ce que nous allions emporter, de ce que nous laisserions de côté, comment organiser notre sac de course et, surtout, quelle stratégie nutritionnelle adopter. Nous nous sommes vraiment soutenus dans toute la partie logistique. 

Aviez-vous prévu de rester ensemble tout au long de la course ?

Pas spécialement. Nous étions parties en nous disant que nous essayions de courir ensemble le plus possible, mais sans contrainte. Chacune avançait à son propre rythme, sans obligation de s'attendre ni de se suivre tout au long de la course. Il n'y avait aucun problème à se séparer, au contraire.

Finalement, le fait d'être séparés a même été bénéfique pour moi, d'un point de vue mental. La suivre me demandait énormément d'énergie, et essayer de rester constamment sur un rythme à deux pouvait parfois être épuisant. Cette expérience m'a d'ailleurs permis de réaliser à quel point courir en duo peut être mentalement difficile.

Je suis vraiment admiratif des personnes qui courent ensemble sur de longues distances, car cela demande une grande capacité d'adaptation et beaucoup de force mentale.

 

Comment as-tu vécu ce cours ? Avez-vous déjà participé à d'autres longues distances ?

Globalement, cette expérience s'est vraiment très bien passée ! J'avais déjà réalisé des treks et des trails de 30 ou 50 km, mais jamais sur une distance aussi longue. Je dois avouer que j'appréhendais un peu l'idée de partir sur un tel défi.

Le vrai défi pour moi a été le poids du sac à dos, qui faisait environ 9 kg. Il tirait énormément sur les épaules et le dos, et c'est ce qui a été le plus difficile. Courir dans le sable et enchaîner les kilomètres n'a pas été le principal point noir de ce parcours, contrairement au sac.

Même si j'avais réfléchi à comment optimiser le chargement, choisir soigneusement ce que j'emportais et équilibrer la nutrition, je n'ai pas réussi à alléger davantage mon sac. Je suis donc vraiment admiratif de celles et ceux qui parcourent le 200 km, car l'effort demandé est tout simplement énorme.

Malgré cette difficulté, j'en garde des souvenirs magnifiques, et je suis fier d'avoir franchi la ligne d'arrivée. Ce type de cours est reste une véritable leçon de résilience et de dépassement de soi ! 

Est-ce que tu t'es retrouvée face à un mur pendant la course ?

Physiquement, la course était difficile, mais je pense que le plus dur a été mentalement. Après 45 km parcourus sans pause, alors qu'il nous restait encore 10 km, j'ai complètement craqué.

Je n'arrivais plus à positif et j'avais l'impression d'être au point mort, d'avoir touché le fond dans ma pratique. Mon dos me faisait très mal à cause du sac, et même marcher devenait encore plus douloureux.

Malgré la présence de ma sœur, cela ne m'a pas forcément aidée sur le moment. Elle, au contraire, se sentait bien et avançait facilement. Dans ces instants-là, c'était parfois encore plus dur mentalement de la voir repartir en courant. Pour elle, marcher était plus douloureux que courir, alors je l'ai laissée partir.

Ce moment m'a particulièrement marqué. Il a été vraiment compliqué, autant physiquement que mentalement.

 

Comment as-tu surmonté cet obstacle sans abandonner ?

J'ai vraiment pris le temps de me poser mentalement et de faire le point avec moi-même. Je me suis dit que je n'étais pas encore totalement au bout de mes capacités. J'ai mis ma musique, je me suis concentrée sur les paroles et j'ai essayé de me recentrer, de me focaliser sur l'instant présent.

Ce qui m'a énormément aidée, c'est aussi de me retrouver aux côtés d'une autre coureuse, qui traversait elle aussi un moment difficile. Nous avons marché ensemble en discutant de plein de choses, ce qui m'a permis de me changer les idées, de relâcher la pression et de retrouver un peu d'énergie.

J'ai réussi à terminer les cinq derniers kilomètres en marchant plus sereinement. Ce moment reste un vrai instant de partage et d'entraide, qui m'a profondément marqué durant cette étape de la course.

Est-ce que ta relation avec ta sœur a évolué après ce cours ?

J'ai toujours eu un lien très particulier avec ma sœur, mais c'est clair que vivre une telle expérience renforce encore davantage nos liens. Quand on rentre d'une aventure comme celle-ci après avoir passé quatre jours dans l'effort, avec des nuits difficiles, sans se laver, dans des conditions parfois extrêmes c'est tellement précieux d'avoir quelqu'un avec qui se remémore ces moments uniques.

Pouvoir en réparer ensemble, rire, se souvenir et surtout partager ces souvenirs avec notre famille, c'est quelque chose de vraiment fort. Se dire que l'on a vécu ça à deux, que l'on gardera ces souvenirs toute notre vie et que l'on pourra se les rappeler encore et encore, je trouve ça vraiment beau.


D'un point de vue nutritionnel, qu'as-tu emporté dans ton sac ?

Il faut savoir que nous étions en autonomie totale, et pour moi, c'était un peu la première fois que je devais vraiment gérer une stratégie nutritionnelle sur une course aussi longue.

J'ai principalement consommé des gels énergétiques et des gommes , que je prenais environ toutes les 45 minutes. J'avais également emporté de la nourriture lyophilisée, afin d'alterner entre nutrition sportive et alimentation plus « classique ».

Pour être honnête, les gels m'ont énormément aidée, autant physiquement que mentalement : ils m'ont vraiment réconfortée pendant l'effort. J'ai un petit faible pour les parfums caramel et beurre de cacahuète , et j'adore aussi les gels d'Anaïs.

Quant aux petites gommes goût cola , on dirait presque des bonbons ! Elles m'ont fait beaucoup de bien et m'ont réconfortée, notamment dans les moments plus difficiles.

 

Et côté hydratation, comment t'es-tu organisé ?

Du point de vue de l'hydratation, nous avions 5 litres d'eau par soir au campement, ainsi que de l'eau disponible aux ravitaillements. De mon côté, je courais en permanence avec deux flacons : l'une remplie d'eau, l'autre d'électrolytes.

J'ai un gros défaut : j'ai vraiment du mal à penser à boire régulièrement. En début de course, cela m'a clairement joué des tours, puisque j'ai eu tendance à cramper pendant la nuit. Les jours suivants, je me suis donc forcé à boire davantage.

Je connais assez bien mon corps, donc même si je buvais nettement moins que certains coureurs, cela m'a convenu. L'essentiel était de rester à l'écoute de mes sensations et de m'adapter en conséquence.

 

Un conseil pour ceux qui, comme toi, ont du mal à s'hydrater ?

Pour ma part, mettre en place une petite routine lors de mes sorties d'entraînement m'a beaucoup aidée. Je me suis forcé à prendre de petites gorgées toutes les 10 à 15 minutes , même quand je n'avais pas soif.

Pendant la course, je me suis fixé un objectif simple : arriver à chaque ravitaillement avec au moins une gourde vide . Je suis contente car j'ai plutôt bien réussi, malgré un petit souci avec l'une de mes gourdes.

Le plus important, selon moi, c'est de régularité et de se fixer des petits objectifs , plutôt que d'attendre d'avoir soif pour boire.

Comment se déroulent les nuits pendant l'épreuve ?

Je n'ai pas trop souffert des nuits. J'avais tout mon matériel de trek, mon matelas et ma couette, donc je dormais relativement bien.

Par contre, physiquement, j'avais mal partout. Avec le sac à dos, les douleurs dans le dos et aux épaules rendaient les nuits un peu difficiles, surtout lorsque je bougeais. Le matin, le réveil était parfois compliqué. Mais c'est fou comme le corps est bien fait, après quelques kilomètres, la machine se met en route et les douleurs s'atténuent progressivement.

Un autre avantage de ce cours, c'est que plus tu avances, plus ton sac devient léger. Cela m'a donné encore plus envie de bien m'alimenter et de m'hydrater pour alléger le sac. Et sur la fin, franchement, courir avec un sac plus léger était vraiment agréable : j'ai retrouvé de bonnes sensations et j'ai pu profiter pleinement de cette dernière partie de la course.

 

Qu'as-tu ressenti une fois la ligne d'arrivée franchie ?

Franchement, cette ligne d'arrivée m'a parue interminable. Il faut savoir que je l'ai franchie seule, sans ma sœur qui était déjà arrivée. Je pense que c'est vraiment sur les 7 derniers kilomètres que j'ai réalisé l'ampleur de ce que je venais d'accomplir. C'était une ligne droite immense, sur une plage, avec du brouillard et très peu de visibilité. Pour être honnête, on n'en voyait vraiment pas la fin.

Et c'est là que j'ai commencé à repenser à ces quatre jours, à tout ce que j'avais parcouru : plus de 100 km ! Je me suis souvenu de mes débuts en trail, il ya un an et demi, sur mes premières courses de 30 km où j'étais tellement fière de moi… Et là, je me rendais compte que je les avais enchaînés pendant quatre jours, dans le sable, avec des nuits en bivouac et tout ce que ça implique. J'ai pris pleinement conscience de ce que je venais de réaliser, et j'étais fière du chemin parcouru.

Puis, au moment précis où j'ai franchi la ligne, le bonheur m'a submergée. Ma sœur était là, bien sûr, mais aussi des amies qui m'attendaient. C'était vraiment un plaisir de partager ce moment avec eux et de prendre ma sœur dans mes bras. Et quand on m'a mis la médaille autour du cou, fraîchement remportée, j'étais à la fois fière et euphorique. C'était tout simplement incroyable.



Comment as-tu géré ta récupération après un effort aussi intense sur quatre jours ?

Déjà, je suis vraiment content de ne pas m'être blessé pendant la course. J'ai malheureusement tendance à tomber lors de mes cours, et je passe énormément de temps à soigner mes blessures. Là, tout s'est bien passé pour moi, et ça m'a vraiment soulagée.

Pour la récupération, je n'ai pas fait de repos complet. Finalement, je suis partie skieur une semaine, et c'est exactement ce dont j'avais besoin. La récupération active permet de ne pas faire de coupure nette, tout en variante avec un sport totalement différent. Le ski ne sollicite pas les mêmes muscles de la même façon, donc c'était parfait pour moi.

Ce qui est le plus difficile à récupérer, ce ne sont pas essentiellement les jambes ou les cuisses, mais les douleurs liées au sac à dos. Même maintenant, j'ai encore un peu mal dans le dos et les bras. Mais il ne faut pas se laisser aller, car je reprends la course à pied et mes entraînements dans quelques jours pour mes prochains objectifs !

 

Quels sont vos futurs objectifs sportifs ?

Dans trois semaines, je prépare pour un 82 km avec la Trans Gran Canaria , accompagné de ma team The North Face . L'année dernière, j'avais fait le même parcours, mais sur 48 km . Malheureusement, j'avais fait une chute qui avait rendu cette course beaucoup plus difficile et m'avait laissée avec des douleurs pendant quatre mois.

Pour mon premier 80 km en ultra , je viens vraiment prendre ma revanche sur ce parcours. Les conditions seront difficiles : chaleur, technique du terrain, enchaînement de plusieurs heures d'effort non-stop… et ce sera également une grande première pour moi de tout faire seule . Mon objectif principal sera de gagner en autonomie et en lucidité tout au long de la course.

As-tu déjà préparé une stratégie nutritionnelle pour ce cours ?

Pas encore complètement. Comme je l'ai expliqué précédemment, réaliser un vrai plan nutritionnel est quelque chose que je n'ai pas encore expérimenté. Le Marathon des Sables m'a permis de m'entraîner sur la planification des apports, mais cette fois, je souhaite vraiment être bien organisé.

C'est pour cela que j'ai fait appel à Ombline, la nutritionniste spécialisée de Tā Energy , pour m'aider à planifier, quantifier et adapter mes apports glucidiques et ma façon de consommer les différents produits pendant la course. Je trouve ça génial de pouvoir bénéficier de nutritionnels personnalisés, grâce à Tā Energy , pour maximiser mes performances.

 

En résumé, quels sont vos principaux objectifs pour votre future saison trail ?

J'ai vraiment envie de gagner en lucidité et en concentration pendant mes cours, car j'ai eu trop de chutes liées à un manque de concentration. Je souhaite également progresser sur le sommeil, la nutrition et le dépassement mental.

Je trouve que je ne me fais pas encore assez confiance, alors que je sais au fond de moi que je suis capable de beaucoup de choses. Il me faut juste apprendre à oser me faire confiance et à me challenger un peu plus mentalement.

À plus long terme, mon objectif est de combiner trekking et trail, à partir de distances de 300 km, et me lancer dans la marche rapide. Mais je ne veux pas brûler les étapes : je préfère prendre le temps de m'entraîner correctement, monter progressivement les échelons, et tendre vers ce type de cours dans 4 à 5 ans, je l'espère !

 

Crédits photos :
Ian Corless et
Gwen Merche